Cohésion sociale et développement local : un engagement collectif pour l’avenir

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« La cohésion sociale est la fondation de notre stabilité. Elle repose sur notre capacité à vivre ensemble dans la paix, la solidarité et le respect, au cœur d’une diversité riche et exigeante. Prévenir les conflits, renforcer le dialogue entre jeunes, autorités et leaders traditionnels, bâtir la confiance dans les institutions et promouvoir l’inclusion des femmes et des groupes vulnérables : tels sont les défis que nous devons relever. Et ce sont les jeunes qui, par leur engagement, doivent en être les moteurs. »

C’est par ces mots que M. Brahim Adoum, Délégué provincial de la Jeunesse et des Sports de Ouaddaï a ouvert, à Abéché, le focus group sur la cohésion sociale, rappelant que ce concept n’est pas un slogan, mais une condition de survie collective.

La cohésion sociale ne se résume pas à l’absence de violences. Elle se lit aussi dans la manière dont les populations se sentent incluses ou non incluses dans la vie sociale, économique et politique. Les focus groups menés à Abéché (Ouaddaï), Guelendeng (Mayo-Kebbi Est), et Sarh (Moyen Chari) montrent à quel point cette cohésion est fragile, traversée par des fractures de genre, de confiance institutionnelle et de justice sociale.

À Guelendeng, l’image est frappante : des femmes assises à part, expliquant qu’elles sont invitées aux activités… sans être autorisées à décider. Leur présence sert de vitrine, mais leur pouvoir reste limité. Ce constat démontre que la cohésion sociale ne peut être authentique si l’inclusion se limite à la représentation symbolique. Une vraie inclusion exige des espaces où les femmes ont voix, influence et pouvoir réel, et où les normes de genre cessent d’être un frein.

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À Sarh, la fracture est d’une autre nature : les citoyens ne se sentent plus concernés par la vie nationale. La politique apparaît comme une affaire lointaine, réservée aux élites. Cette distance n’est pas de la neutralité : c’est un indice de déliaison civique. Lorsque les populations cessent de croire que leur voix compte, la cohésion sociale s’effrite silencieusement, laissant place à l’abandon, à la résignation et, parfois, à la contestation diffuse.

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À Abéché, les jeunes sont pris dans l’étau de multiples vulnérabilités. Ils décrivent un quotidien traversé de tensions : chômage, précarité, insécurité, tensions communautaires, perte des valeurs, alcool, réseaux sociaux toxiques, corruption. La pluralité des problèmes révèle une cohésion sapée, à la fois par les difficultés économiques, les identités en concurrence et un sentiment profond d’injustice. À la question : « Qu’est-ce qui nous tient encore ensemble ? », les participants peinent à répondre. C’est précisément là que se joue l’avenir du vivre-ensemble.

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À travers Guelendeng, Sarh et Abéché, trois fractures majeures se dessinent : l’inclusion superficielle des femmes, encore largement maintenues aux marges des espaces de décision ; l’élargissement du fossé entre les citoyens et les institutions, perceptible à travers le désengagement civique ; et l’accumulation des vulnérabilités chez des jeunes frustrés, en manque d’opportunités et de reconnaissance. Pris ensemble, ces constats révèlent une vérité simple mais fondamentale : la cohésion sociale au Tchad ne va pas de soi, elle se construit et se construira, par un effort collectif et soutenu. Cela suppose de repenser la participation afin que les femmes, les jeunes et les groupes marginalisés puissent réellement peser sur les décisions locales et nationales ; de recréer des espaces d’écoute où la parole citoyenne compte et où l’action publique répond effectivement aux priorités exprimées ; et de s’attaquer aux causes profondes de la frustration sociale, notamment les inégalités, le chômage, l’opacité de la gouvernance et l’exclusion sociale

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Les focus groups des 25, 26 et 27 novembre 2025 à Guelendeng, Sahr et Abéché sont révélateurs d’un pays où la cohésion existe, mais vacille ; où les citoyens aspirent à être entendus ; et où la jeunesse, si elle est mise au centre, peut devenir l’ossature d’un nouveau contrat social.

La cohésion sociale au Tchad est à la fois une urgence et un chantier de longue haleine. Elle exige de conjuguer inclusion, justice et participation politique réelle, condition indispensable pour que le vivre-ensemble cesse d’être un slogan et devienne une réalité vécue, jour après jour. En offrant un espace d’expression à certaines couches de la population souvent mises à l’écart, EISA a contribué à retisser le lien entre les hommes, les femmes, les jeunes et les institutions et à esquisser les fondations d’un développement local plus juste, ancré sur l’écoute, la concertation et l’engagement citoyen.

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Dr Pierre Sossou est le représentant de EISA au Tchad.

Ce billet de blog a été rendu possible grâce au soutien financier de l’Union européenne au titre de la convention de subvention n° NDICI AFRICA/2022/435-927. Les opinions exprimées ici sont celles des auteurs et ne reflètent pas nécessairement celles de l’UE.