Décentralisation au Tchad: quand les communes apprennent à exercer le pouvoir local

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La transition vers un système de gouvernance décentralisé au Tchad progresse bien, à mesure que les acteurs apprennent par essais et erreurs et procèdent aux ajustements graduels nécessaires. C’est précisément dans ce processus d’apprentissage que sa promesse commence à prendre forme. La double formation consacrée à la planification participative et à la mobilisation des ressources locales, organisée par EISA en collaboration avec la Direction de la formation du Ministère de l’Administration territoriale et de la Décentralisation, à N’Djamena les 26 27 novembre et 3 4 décembre 2025, en a offert une illustration vivante.

La double formation consacrée à la planification participative et à la mobilisation des ressources locales, organisée par EISA en collaboration avec la Direction de la formation du Ministère de l’Administration territoriale et de la Décentralisation, à N’Djamena les 26 27 novembre et 3 4 décembre 2025, en a offert une illustration vivante.

Pendant quatre jours, élus municipaux, secrétaires généraux et administrateurs délégués ont confronté théorie et réalité, textes et terrain. L’enjeu : comprendre comment transformer la décentralisation en action concrète au service des citoyennes et citoyens.

Sur le papier, les communes disposent d’un arsenal juridique dense, incluant la Constitution, les lois organiques 014, 022, 028, des circulaires budgétaires, censé encadrer leurs compétences et leur autonomie. En pratique, ce corpus législatif ressemble souvent à un labyrinthe où il est difficile de savoir « qui fait quoi, avec quels moyens ».

Planifier avec les citoyens : un apprentissage collectif
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Le premier volet de la formation, consacré à la planification participative, est apparu comme un langage nouveau à maîtriser. Comment associer les habitants aux priorités locales alors que les réunions publiques sont rares et les diagnostics territoriaux peu documentés ? Les exercices ont permis de s’initier à cette démarche : analyser les besoins avec les quartiers, hiérarchiser collectivement les urgences (eau, voirie, emploi, gestion des déchets) et relier ces priorités à des lignes budgétaires souvent exprimées dans un jargon administratif.

Les échanges ont révélé des difficultés très concrètes, comme par exemple des budgets élaborés sans réelle participation des élus, la confusion entre déconcentration et décentralisation, ou encore la méconnaissance des marges de manœuvre fiscales. Beaucoup découvrent qu’un budget communal peut être davantage un exercice de conformité qu’un outil de gouvernance locale. Ces moments d’échange ont rappelé que la participation citoyenne ne se décrète pas : elle se construit, patiemment, à travers le dialogue et l’implication progressive des communautés dans les choix qui les concernent.

Chercher des ressources sans perdre la confiance
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Le second volet consacré à la mobilisation des ressources locales a soulevé des questions tout aussi épineuses. Comment faire respecter des taxes ou des redevances souvent mal comprises, voire perçues de manière informelle ? Comment expliquer à des contribuables fragilisés que ces recettes sont essentielles au fonctionnement des services locaux ?

À travers des simulations et des exercices de cartographie des recettes, les participants ont pris conscience des limites de leur autonomie fiscale, mais aussi des marges de progression possibles : sécurisation des flux, transparence de la collecte et amélioration de la communication avec les citoyens.

Apprendre à gouverner ensemble

Cette double formation révèle la condition des élus locaux tchadiens : plongés dans un environnement réglementaire dense et mouvant, ils doivent tout apprendre à la fois le droit, la gestion, la communication politique et la médiation sociale. Mais derrière ces difficultés, se dessine une dynamique d’apprentissage prometteuse.

Certains élus s’approprient désormais le vocabulaire de la planification ; des cadres techniques deviennent des passeurs entre texte et terrain ; et plusieurs équipes commencent à concevoir le budget non plus comme un carcan, mais comme un véritable instrument stratégique.

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L’expérience de N’Djamena rappelle une vérité essentielle : la décentralisation tchadienne ne prendra sens que si les élus parviennent à traduire un corpus juridique complexe en décisions locales claires, négociées et comprises. Tant que les textes resteront perçus comme un fardeau plutôt qu’un cadre d’action, le risque est celui d’une décentralisation d’apparat. À condition que cet élan s’accompagne d’un suivi continu – appui méthodologique, clarification des règles, dialogue entre État et communes –, ces ateliers de formation pourraient bien marquer le véritable point de départ d’une décentralisation vivante, incarnée et citoyenne.

Au delà de l’exercice de formation, les ateliers de N’Djamena traduisent une conviction partagée : la décentralisation ne se limite pas à une réforme administrative, elle constitue un apprentissage collectif du pouvoir local. Les échanges entre élus, cadres et formateurs ont montré qu’en investissant dans les compétences, on donne aussi corps à une promesse démocratique – celle d’institutions plus proches, plus responsables et plus à l’écoute des citoyens.

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Ces sessions de formation ont particulièrement compté pour les élus locaux, qui y ont trouvé un espace d’apprentissage et d’échange précieux. L’Honorable Adoum Hassan Djimet, maire du 7ᵉ arrondissement, l’a traduit par un geste simple mais parlant : à l’issue de la formation, il rentre chez lui, se prend en photo avec son certificat et la partage sur le groupe WhatsApp des élus locaux créé pour prolonger le dialogue.

Ce billet de blog a été rendu possible grâce au soutien financier de l’Union européenne au titre de la convention de subvention n° NDICI AFRICA/2022/435-927. Les opinions exprimées ici sont celles des auteurs et ne reflètent pas nécessairement celles de l’UE.